Natures & Cie

Ce que la nature fait à une journée ordinaire

Le paillage remplace trois arrosages : quel paillis pour quel sol

Avatar de Hortense Mazoyer-Blanchet

·

4 min de lecture

Trois arrosages économisés par semaine en plein été : c’est ce que change un paillis correctement choisi et posé à la bonne épaisseur. Encore faut-il l’adapter à la nature du sol, car un paillis pensé pour une terre sableuse peut asphyxier une argile qui draine déjà mal, et inversement.

Paillis organiques ou minéraux, deux logiques opposées

Un paillis organique comme le broyat de bois, la paille ou les tontes séchées se décompose lentement et nourrit le sol en s’incorporant à l’humus. Il convient particulièrement aux sols pauvres ou sableux qui manquent de matière organique, et il faut le renouveler chaque année puisqu’il disparaît progressivement sous l’action des vers de terre et des micro-organismes qui le digèrent au fil des saisons.

Un paillis minéral, ardoise pilée, gravillon ou pouzzolane, ne se décompose pas et ne nourrit pas le sol : il joue un rôle purement physique de protection et de régulation thermique. Il convient bien aux plantes qui craignent l’humidité stagnante au collet, comme certaines vivaces méditerranéennes, mais reste un mauvais choix sur une terre déjà pauvre qu’il faudra fertiliser par un autre biais, faute d’apport organique.

L’épaisseur compte plus que la nature du paillis

Une couche de cinq à sept centimètres suffit pour limiter l’évaporation et freiner la levée des herbes indésirables, sans empêcher l’eau de pluie d’atteindre les racines. En dessous de trois centimètres, l’effet sur l’arrosage reste marginal ; au-delà de dix centimètres sur un paillis organique fin, le risque de fermentation et d’asphyxie du sol augmente, en particulier sur une argile qui respire déjà mal en profondeur.

Sur un sol argileux, il vaut mieux privilégier un paillis grossier, type broyat de branches, qui laisse circuler l’air entre les fragments plutôt qu’un paillis fin qui se tasse en croûte imperméable après la pluie. Sur un sol sableux au contraire, un paillis plus fin et plus dense retient davantage l’humidité, ce qui compense la vitesse à laquelle l’eau s’y infiltre puis disparaît en profondeur sans profiter aux racines.

Le paillage au potager, un cas un peu particulier

Autour des légumes, le paillage ne se pose pas au même moment que sur un massif de vivaces : mieux vaut attendre que le sol se soit réchauffé au printemps avant de pailler un potager, sous peine de retarder la levée des semis et de maintenir un sol trop froid pour les racines. Sur des cultures déjà bien installées, le paillis limite en revanche l’évaporation en plein été, un bénéfice net sur des légumes qui réclament un arrosage régulier pour bien se développer.

Un paillage trop proche des tiges de légumes favorise aussi certaines maladies fongiques, en maintenant une humidité constante contre une partie sensible de la plante. Laisser un petit espace dégagé autour de chaque pied, sans paillis directement au contact de la tige, réduit ce risque sans renoncer aux bénéfices du paillage sur le reste de la parcelle cultivée.

Limaces et azote, les deux effets secondaires à anticiper

Un paillage humide et frais offre un abri de choix aux limaces, surtout au printemps quand les jeunes pousses sont les plus tendres. Espacer légèrement le paillis autour des collets sensibles, ou privilégier un paillis plus sec en cette saison, limite ce refuge sans renoncer aux bénéfices sur l’arrosage tout au long de l’été.

Un paillis ligneux frais, comme des copeaux de bois non compostés, peut aussi capter l’azote du sol pendant sa décomposition, au détriment des plantes voisines qui jaunissent. Ce risque disparaît avec un paillis déjà partiellement décomposé, ou en apportant un peu de matière azotée au moment du paillage, une précaution utile pour un potager où les légumes de saison sont particulièrement gourmands en azote au moment de leur croissance : nous en détaillons le calendrier dans notre rubrique Cuisine & Consommation. La Société nationale d’horticulture de France recommande d’ailleurs d’observer la couleur du feuillage les semaines suivant la pose, premier signe visible d’un paillis mal adapté au sol qu’il recouvre, un repère consultable sur le site de la SNHF.


Avatar de Hortense Mazoyer-Blanchet

À lire aussi