Il ne faut pas croire que l'Ethnologie est seulement réservée aux tribus amazoniennes. Les pays européens peuvent aussi être l'objet de ses investigations. Ces quelques
connaissances "supplémentaires" que j'ai pu recueillir à propos de la Mandragore sont intéressantes en soi, mais surtout aussi le mépris des prétendus personnes "savantes" à l'égard du
savoir populaire. Un exemple parmi tant d'autres...
Je me suis toujours demandé quelle part de vérité existait dans les récits colportés de génération en génération, évidemment déformés, mais fondés sur des réalités qui finissent par ne plus
être comprises.
C'est d'ailleurs tout le débat entre le savoir populaire des sorcières, très avancé de l'Antiquité au Moyen Age, et celui des médecins de Molière, qui ne savaient prescrire que la purge ou la
saignée. Que les pauvres sachent a toujours fait rougir de colère les princes et leur cour.
(la suite de cet article est désormais disponible ici)
Résumons : la Mandragore est aujourd'hui une plante rare (on en trouve en
Italie), fleurissant en hiver, donnant des fruits ressemblant à de petites tomates (photo ci-dessous), d'abord vertes puis orangées, ayant la particularité d'avoir une racine dit "pivotante"
(en forme de pivot, comme une carotte), souvent bifide.
Autre caractéristique : elle est totalement toxique, mortelle à dose excessive, en raison de la présence de puissantes substances chimiques de la famille des alcaloïdes : atropine, scopolamine et
hyosciamine. A dose moindre, elle est psychotrope (modifie le psychisme, perception, sensation et pensée) et peut donc servir de drogue de type hallucinogène. De ce fait, elle a toujours été
LA plante des sorcières.
Ce qu'en dit "wikipedia", la grande encyclopédie collaborative d'internet, est bien fait. J'ai mis en couleur les complément d'informations qui me semblent nécessaires :
"La mandragore (Mandragora officinarum) est une espèce de plante herbacée vivace des pays du pourtour méditerranéen, appartenant à la famille des solanacées, voisine
de la belladone. Cette plante riche en alcaloïdes aux propriétés hallucinogènes, est entourée de nombreuses légendes, les Anciens lui attribuant des vertus magiques
extraordinaires.
Wiki poursuit :
Racine de
Mandragore.
"Les effets hallucinogènes remarquables de la plante, ainsi
que la capacité qu'ont ses principes actifs de pouvoir aisément traverser la peau et de passer dans la circulation sanguine, explique certainement pourquoi les sorcières du Moyen Âge, qui
s'enduisaient les muqueuses et les aisselles à l'aide d'un onguent à base de mandragore, entraient en transe (muqueuses, oui, oui. Dit plus précisément, comme le
précisent des livres anciens pas toujours faciles à trouver, les sorcières fabriquaient un onguent, mélangeant la racine de Mandragore réduite en poudre avec de la graisse, puis
se frottaient le sexe avec ce mélange à l'aide d'un baton court appelé 'dagon'. l'action transcutanée des alcaloïdes donne la sensation de voler comme l'intoxication par des drogues telles que le
haschisch ou les dérivés de l'opium que sont la morphine et l'héroïne. C'est ce bâton qui devînt - seulement au XIXème siècle - le fameux balai des sorcières) . "La plante était
également utilisée par les guérisseuses, notamment pour faciliter les accouchements (sage-femme, en latin 'sagax', signifie également 'sorcière'), mais aussi
contre les morsures de vipère."
"De multiples vertus thérapeutiques lui sont attribuées. Par
sa composition chimique, elle est notamment sédative, antispasmodique, anti-inflammatoire (en cataplasme), hypnotique et hallucinogène. Elle présenterait également des propriétés aphrodisiaques
lui conférant une vertu fertilisante."
Continuons...
"L'image suivante montre le cueilleur de Mandragore : il a attaché un chien à la plante, qui déjà présente une forme humaine ; il se bouche les oreilles pour ne pas entendre "le cri de la
Mandragore" lorsqu'elle est arrachée. Un cri qui rend fou."
Wiki poursuit sa description, conforme à ce que l'on trouve dans tous les livres de magie :
"Selon les divers écrits décrivant les rituels, on sait qu'ils se déroulaient les nuits de pleine lune. Les mandragores qui poussaient au pied des gibets étaient très prisées car on les
disait fécondées par le sperme des pendus, leur apportant vitalité, mais celles des places de supplice ou de crémation faisaient aussi parfaitement l'affaire. Des « prêtres » traçaient avec un
poignard rituel trois cercles autour de la mandragore et creusaient ensuite pour dégager la racine, le cérémonial étant accompagné de prières et litanies. Une jeune fille était placée à côté de
la plante pour lui tenir compagnie. On passait également une corde autour de la racine et on attachait l'autre extrémité au cou d'un chien noir affamé que l'on excitait au son du cor. Les prêtres
appelaient alors au loin le chien pour qu'en tirant sur la corde il arrache la plante. La plante émettait lors de l'arrachage un cri d'agonie insoutenable, tuant l'animal et l'homme non éloigné
aux oreilles non bouchées de cire. La racine devenait magique après lavage, macération et maturation en linceul ; elle représentait l'ébauche de l'homme, « petit homme planté » ou homonculus.
Ainsi choyée, elle restait éternellement fidèle à son maître et procurait à son possesseur, prospérité prodigieuse, abondance de biens, et fécondité. Elle était vendue très cher en raison du risque à la cueillette,
et ce d'autant plus que la forme était humaine, de préférence sexuée par la présence de touffes judicieusement disposées."
"Sa forme souvent anthropomorphe (ss ramifications lui donnant une vague apparence humaine, avec un trond, des jambs et même - en état imaginatf - une tête et un sexe), est à l'origine de
nombreuses légendes"
J'ai mis quelques exemples ci-dessous en illustration et ensuite nous allons passer au véritable secret de la Mandragore. Secret qui n'en est pas un si l'on prends le temps de chercher ou si l'on
tombe sur les livres contenant les 'traductions' du XIXème siècle des récits du Moyen Age, souvent dans les livres les plus chers des librairies ésotériques.
LES "SECRETS" DE LA MANDRAGORE
En fait, le (petit malin qui se fait passer pour
un) "sorcier" cueille la plante et de retour chez lui, il la sculpte à l'aide d'un couteau. Le caractère souvent bifide de la plante fait une ébauche des jambes. En amoindrissant la partie
la plus haute de la racine, la tête prend forme.
Il suffit alors de REPLANTER la racine sculptée dans du sable humide et d'attendre environ trois semaines. La peau de la racine se reforme sur les parties sculptées, donnant l'apparence
d'une pousse naturelle. Très malin !
Qui plus est, le "sorcier" plante des graines de chenevis aux aisselles et à la naissance des jambes; Trois semaines plus tard, le chenevis a poussé et donne l'impression de poils
pubiens. Une fois la plante un peu séchée, la supercherie est totale.
Le "sorcier" replante la mandragore en forêt et n'a plus qu'à joindre son "client" pour lui dire qu'à la prochaine pleine lune la mandragore sera prête...
L'expérience peut être refaite avec des racines pivotantes (type carotte), voire une simple pomme de terre. De nombreux textes montrent qu'à défaut de Mandragore, la Bryone dioïque était
utilisée. Elle présente l'avantage d'être plus courante et d'avoir une racine pivotante, parfois bifide et d'être asez volumineuse pour être facilement sculptée.
Je reprends la phrase citée plus haut : "elle (la racine de Mandragore) restait éternellement fidèle à son maître et procurait à son possesseur,
prospérité prodigieuse, abondance de biens, et fécondité. Elle était vendue très cher en
raison du risque à la cueillette, et ce d'autant plus que la forme était humaine, de préférence sexuée par la présence de touffes judicieusement
disposées.
Ainsi sculptée, "elle était vendue très cher" et ce "d'autant plus que la forme était humaine, de préférence sexuée"... On comprend aisément que la Mandragore procurait à son possesseur
prospérité et abondance de biens ! Evidemment.
Comment éviter que tout le monde fasse la même chose : en inventant un rituel extrêmement complexe et décrit comme dangereux. C'est précisément le cas. Il faut réduire la concurrence potentielle,
la décourager. Beaucoup de rituels complexes n'ont pas d'autres buts.
Selon les divers écrits décrivant les rituels, on sait qu'ils se déroulaient les nuits de pleine lune. Les mandragores qui poussaient au pied des gibets étaient très
prisées car on les disait fécondées par le sperme des pendus, leur apportant vitalité, mais celles des places de supplice ou de crémation faisaient aussi parfaitement l'affaire. Des « prêtres »
traçaient avec un poignard rituel trois cercles autour de la mandragore et creusaient ensuite pour dégager la racine, le cérémonial étant accompagné de prières et litanies. Une jeune fille était
placée à côté de la plante pour lui tenir compagnie. On passait également une corde autour de la racine et on attachait l'autre extrémité au cou d'un chien noir affamé que l'on excitait au son du
cor. Les prêtres appelaient alors au loin le chien pour qu'en tirant sur la corde il arrache la plante. La plante émettait lors de l'arrachage un cri d'agonie insoutenable, tuant l'animal et
l'homme non éloigné aux oreilles non bouchées de cire. La racine devenait magique après lavage, macération et maturation en linceul ; elle représentait l'ébauche de l'homme, « petit homme planté
» ou homonculus
Ne connaissant pas la sculpture sur Mandragore, la plupart des commentateurs se plantent joyeusement :
"On parlait autrefois de racines « mâles » et « femelles » mais cela n'a aucun sens sur le plan botanique, les pieds étant tous monoïques et produisant tous des fruits."
Dans la mesure où je suis le sculpteur, il est certain que je peux donner aux racines l'apparence d'un homme ou d'une femme. Et Bing !
Voyons ce que disent les apprentis médecins du CRHU de Lille :
"Elle a toujours eu un attrait sur les hommes, notamment en raison de la forme de ses racines qui ressemblent (un peu) à un être humain, ce qui lui vaut le titre de la plus célèbre
des plantes sacrées. De nombreuses croyances sont liées à sa cueillette, notamment au cri poussé par la plante quand on la déracine et au fait qu'elle tue ceux qui entendent le murmure
de son agonie. Les écrits du Moyen-age recommandent d’ailleurs de se boucher les oreilles avec de la cire et de s’aider d’un chien noir pour la déraciner : c’est lui qui est sacrifié. On
retrouve, en partie, ces éléments dans Harry Potter. En effet, Mme Pomfresh recommande à ses étudiants de se protéger les oreilles avec des cache-oreilles et dans le film la mandragore est
représenté par une sorte de petite poupée monstrueuse. En réalité, la mandragore pousse essentiellement dans la région méditerranéenne et il faut beaucoup d’imagination pour voir un
aspect anthropomorphe (c'est à dire qui ressemble à l'homme) à cette racine. Néanmoins, une vieille tradition veut que l'homme ait apparu primitivement sur la terre sous des formes de
mandragores monstrueuses animées d'une vie instinctive, et que le souffle d' En Haut évertua, transmuta, dégrossit, enfin déracina, pour en faire des êtres doués de pensée et de mouvement
propre"
Oui, oui, le peuple a beaucoup d'imagination. No comment. Et fin (provisoire)
SUITE DE L'ARTICLE : Les vertus de la plante :
vraies ou fausses ?
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COMPLEMENTS D'INFORMATION :
Étymologie : le terme français de "mandragore" vient du latin mandragoras tiré lui même du grec μανδραγόρας (mandragoras). Ces trois termes désignent la même plante dans ces différentes langues.
L'étymologie du mot grec est obscure. Pour certains, le grec "mandragoras" viendrait du nom de la mandragore en assyrien "nam. tar. ira", morphologiquement "la drogue (mâle) de Namta", Namta
étant un démon pestilentiel provoquant des maladies[2]. Pour d'autres, l'origine viendrait du sanscrit mandros signifiant "sommeil" et agora signifiant "substance"[1].
Description
La mandragore méditerranéenne présente un important contraste entre la touffe et la racine. La plante, haute d'une trentaine de centimètres, dégage une odeur très forte. C'est une herbacée
banale, pratiquement sans tige.
La racine, brune à l'extérieur, blanche à l'intérieur, est du type pivotant,
souvent lignifiée et peut atteindre après plusieurs années des dimensions impressionnantes (jusqu'à 60 à 80 centimètres et plusieurs kilogrammes).
On parlait autrefois de racines « mâles » et « femelles » mais cela n'a aucun sens sur le plan botanique, les pieds produisant tous des fruits.
Les vieux sujets peuvent s'enfoncer à plus d'un mètre dans la terre et sont donc difficiles à arracher.
Les feuilles sont grandes (au maximum 45 cm de long), elliptiques à obovales, molles, de forme et de taille très
variables. Elles ont un limbe entier à bord sinueux, étalées en rosette sur le sol[4].
La fleur a une corolle formée de cinq pétales soudés à la base (campanulée), de 12-65 mm de long, de couleur
blanche verdâtre, bleutée ou pourpre. Les 5 étamines sont fixées à la partie inférieure de la corolle. La floraison se fait de septembre à avril, suivant l'abondance des pluies. Pour Ungricht et
coll.[1] « Il est évident qu'il n'y a véritablement qu'une période étendue d'activité reproductive allant de l'automne au printemps. En fait, c'est seulement durant les mois les plus chauds de
l'été que le cycle s'interrompt. Lorsque les conditions sont favorables, le même individu peut fleurir deux fois dans l'année, comme l'atteste les annotations des herbiers, en particulier des
formes cultivées dans les jardins botaniques ». Il faut donc renoncer à la distinction faite par Sprengel en 1825, entre une mandragore de printemps (M. vernalis) et une autre d'automne (M.
automnalis).
La mandragore donne naissance à des baies jaunes ou rouges à maturité, de trois à cinq centimètres de diamètre,
globuleuses à ellipsoïdes. Ces fruits juteux sont comestibles. Les graines de 2,5 à 6 mm de long, sont réniformes, jaunes à brun clair.
Propriétés pharmacologiques [modifier]
Les analyses[5] des différentes parties de la mandragore méditerranéenne ont donné :
les alcaloïdes tropaniques :
Les alcaloïdes sont pour la plupart des esters d'un alcool tropanique et d'un acide. L'alcool tropanique peut être : le tropanol ou le scopanol (=scopoline), un tropanol époxydé c-à-d avec un
pont oxygène. Ces alcaloïdes ont la propriété de se transformer assez facilement les uns dans les autres.
Il a été trouvé : R,S-hyoscyamine (atropine), 0,2%, la plus grande concentration d'atropine se trouve dans la racine durant la floraison (Bekkouche at al 1994),
hyoscyamine, norhyoscyamine, apotropine, belladonnines (présentes dans la racine sèche mais non décelées dans la racine fraiche), scopolamine (ou L-hyoscine), scopanol, 3α-tigloyloxytropine,
3,6-ditigloyloxytropane, calystégines A3, A5, B1, B2,B3, B4, C1 (plus concentrés dans les feuilles que dans les racines)
autres alcaloïdes :
cuscohygrine (=mandragorine), composé présent chez les daturas, belladone et dans la feuille de coca
coumarines
herniarine, ombelliférone, angelicine, scopolétine, scopoline, acide chlorogénique
composés volatils des fruits
butyrate d'éthyle 22% (odeur d'ananas), hexanol 9% (à l'arôme herbacé), acétate d'hexyle 7% (odeur fruité, de fines herbes), composés soufrés, 7%
La plante est riche en alcaloïdes psychotropes (environ 0,4 % d'alcaloïdes totaux) et autres composants nocifs.
Ces substances parasympatholytiques entraînent notamment une mydriase et des hallucinations suivies d'une narcose. Il s'agit d'atropine, de scopolamine (premier sérum de vérité), et surtout
d'hyosciamine. En théorie, ces molécules peuvent être à l'origine d'une intoxication mortelle.
Diverses présentations sont décrites pour l'utilisation de cette plante. Le suc est extrait de la tige, des
feuilles ou du fruit ; la racine est débitée en rondelles et présentée sous forme d'alcoolat dans du vin de miel ; les fruits peuvent être consommés séchés (un bon conseil : ne pas essayer !
).
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