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4 avril 2016 1 04 /04 /avril /2016 01:27
Culture des morilles : le « Kit morilles » en vente sur Amazon pour bientôt ?

Le « Kit morilles » en vente sur Amazon, avec mini-tunnel d'hydratation, pour produire soi-même des morilles comme on le fait avec les champignons de Paris ? C'est pour dans cinq ans ! Sans doute pas davantage. Une hypothèse que nous vérifierons !

Entre la multiplication des personnes dans le secret des brevets existants, la nouvelle filière bretonne, la création de variétés de morilles mieux adaptées au microbiote français et la génération de jeunes dont les parents cultivent des morilles en Chine (des milliers !), sans oublier la mise à disposition de tous des brevets grâce à Google Brevets, que nous allons regarder aujourd'hui : toutes les données semblent réunies pour tenir le pari de « la fin du secret des morilles » d'ici cinq ans : la France sera, après la Chine, le second producteur mondial de morilles et le XIIIe à Paris, Chinatown sur Seine, sera peut-être un des hauts lieux de sa production...

Le « secret des morilles » n'en est finalement plus un.

Une morille fraîche du commerce ou, mieux, un morille sauvage, laissée sur une feuille de papier parvient à maturité et, secouée, laisse tomber ses spores. Ce sont ces spores qui, en poussant donnent le mycélium. Un substrat stérilisé, majoritairement composé de céréales, sert de support de développement au mycélium. C'est un milieu assez pauvre en nutriment, souvent sucré, mais suffisant pour former cette quasi « graine » qu'est le sclérote. C'est le sclérote qui va être à la base de la « fructification », c'est-à-dire la poussée du champignon.

Tout est là : comment déclencher le sclérote. Comment « lever sa dormance » ? Comme je l'ai souvent évoqué un changement brutal de condition, un « traumatisme » déclenche cette pousse du sclérote dans la nature : un incendie de forêt est l'exemple le plus spectaculaire. Parfois une simple coupe d'arbres dans la forêt produit le même phénomène.

Un ancien brevet, appelons le B, consultable sur internet, évoquait une technique de culture proche de celle de la truffe : au pied d'un arbrisseau est posé une pomme sur laquelle on répand les spores de la morille.
Comme on l'a souvent relaté, le sucre permet un bon développement du mycélium. Le brevet B indique ensuite que les racines de l'arbrisseau, la pomme ayant rempli son office, sont colonisées par le mycélium, formant un système symbiotique : l'arbre fournissant le sucre de sa sève et faisant vivre le mycélium ; le champignon, lui, fournissant à l'arbre les sels minéraux et l'eau dont il a besoin.

Là où le brevet B devient intéressant, c'est la phase de « maltraitance de l'arbre » : branches coupées, feuilles brûlées, etc. Parfois même, arbre coupé ! C'est le traumatisme déclencheur du sclérote et quelques semaines plus tard la pousse des morilles. On retrouve cette pratique sur les chênes truffiers où les racines sont scarifiées et sur lesquelles on inocule les spores du diamant noir. Le chêne truffier est un « arbre malade » entend-on souvent sur les lieux de production.

Finalement, qu'indique le brevet B : qu'on prive le sclérote de sa source d'approvisionnement. Pour survivre le sclérote, véritable siège éjectable avec parachute, lance la fabrication du « fruit » qui va donner des spores qui permettront de quitter cet endroit maudit d'où il n'y a plus rien à tirer.

Que fait d'autre l'incendie dans la forêt (Cf. les récoltes faramineuses au Canada après incendie) ? Que fait d'autre la coupe claire dans la forêt ? Sinon couper des arbres qui étaient en relation avec un mycélium. Ce n'est donc pas la sciure de bois se décomposant en sucres qui déclenche la fructification comme je l'ai cru un temps. Ni les cendres de l'incendie qui apporte un surcroît de potasse. Le « stress » ne conduit pas à un apport, un complément alimentaire, comme je l'imaginais.

Le « stress », le traumatisme déclencheur de la « germination » du sclérote est tout simplement...la privation de nourriture. Telles sont du moins mes déductions.

Il faut donc assez de nourriture sur un « bon substrat », aéré et humide, et à bonne température, pour porter la fabrication du mycélium jusqu'à la constitution des sclérotes, puis cesser brutalement tout apport de nutriment, voire apporter un complément nuisible.

Toutes les variétés de morilles semblent sensibles à cette procédure. Il n'est sans doute pas nécessaire de choisir les variétés qui peuvent pousser sans la présence d'un arbre, comme la morchella conica. Au fond, dans la culture des morilles, la relation symbiotique se fait avec...le mycoculteur. C'est lui qui fournit les nutriments comme l'arbre le fait dans la nature. C'est lui qui, dans un tunnel de production, fournit les conditions de lumière, de température et d'hygrométrie.

Tous les brevets, tombés dans le domaine public et accessibles sur internet, ont fait leur preuve n'ont pas pour autant permis d'assurer une production « industrielle ». C'est que pour la fructification, outre le traumatisme du sevrage alimentaire, les conditions hygrométriques (relatives à l'humidité) et de température sont tellement précises – dans leur dosage et leur chronologie - qu'elles sont difficiles à reproduire. Il semble bien qu'au sevrage doit succéder une période de forte irrigation. Pourquoi cela déclenche-t-il la fructification, mystère ? Cela correspond sans doute aux pluies de mars-avril dans la nature.

Des « kits morilles » dans cinq ans ?

Oui, dès que la procédure, le tempo de la culture, sera standardisée : production de mycélium vers octobre, contrôle de la température (sans doute autour de 4° C l'hiver, une sorte de vernalisation), puis nutriments de surface (pas dans la masse du substrat) jusqu'au constat de développement des sclérotes (janvier-février), agglomérat de mycélium, puis sevrage alimentaire associé à une forte irrigation, signal du réchauffement printanier. L'eau est liquide et non sous forme de glace, donc il ne gèle plus. Un gage de survie de la morille sortie de terre dont l' «objectif» est de fournir des spores à tous vents, pour aller s'implanter dans un ailleurs plus accueillant. L'idéal serait de relier le tunnel de culture à un ordinateur gérant tous les paramètres connus du début à la fin du processus (pH du sol, renouvellement de l'air, température, humidité, etc. L'agriculture connectée...

Alors ? Où sont les brevets de culture des morilles ?

Tout comme il existe une « Google Livres », il existe un « Google brevets » (Google patents), donnant accès in extenso aux textes des brevets déposés, notamment aux USA.

Pour y accéder il suffit de taper "google brevets" dans le moteur de recherche, puis dans le champ de saisie de Google Brevets, taper "morchella" (morilles, en Latin)
Ou encore, dans Google, taper "us patent cultivation of morchella"

Un peu de lecture ?!

US4594809 http://www.google.ch/patents/US4594809
US4757640 http://www.google.ch/patents/US4757640
JPS53112156A http://google.com/patents/WO1986006247A1?cl=zh-cn
JPS53124678A http://google.com/patents/WO1986006247A1?cl=zh-cn
US4866878 http://www.google.com/patents/US4866878
US5123203 http://www.google.com/patents/US5123203
US6907691 http://www.google.ch/patents/US6907691
US6951074 http://www.google.ch/patents/US6951074
US20040060230 http://www.google.com/patents/US4594809

Un clic-droit, choix "traduire en français" et voilà de quoi lire pour quelques temps.

Culture des morilles : le « Kit morilles » en vente sur Amazon pour bientôt ?

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Publié par Paul Keirn
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