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Natures Paul Keirn

Cultiver des tomates sans eau - de L'expérience de Pascal Poot à l'épigénétique.

15 Septembre 2015 , Rédigé par Paul Keirn

Cultiver des tomates sans eau - de L'expérience de Pascal Poot à l'épigénétique.

Qui est Pascal Poot ? Un maraîcher bio qui parvient à cultiver des tomates sans arrosage. Sans eau !
Où au contraire en total excès d'eau, comme dans les rizières. Il « apprend aux tomates à se défendre », dit-il. A résister aux pire conditions. Cet homme de 49 ans, fils d'agriculteur et autodidacte, vraiment sympathique, au look à mi-chemin entre « L'An 01 » et « gardarem lou Larzac » n'a évidemment pas été pris au sérieux.
« Au début on m’a pris pour un fou » poursuit-il, « mais au bout d’un moment, les voisins ont vu que j’avais plus de tomates qu’eux, et jamais de mildiou en plus, alors les gens ont commencé à parler et des chercheurs sont venus me voir.»
Les chercheurs ont dit : « C'est impossible ». Logique dans le cadre strict de la théorie darwinienne : il n'y a pas de transmission génétique des caractères acquis. Et c'est vrai ! Et pourtant ce n'est pas totalement vrai !

Cultiver des tomates sans eau - de L'expérience de Pascal Poot à l'épigénétique.

Voilà pourquoi j'écris cet article. 
D'abord parce l'histoire de Pascal Poot est exemplaire de l'expérience contre la théorie. Un peu comme lorsque j'analyse le contenu chimique des plantes et les effets pharmacologiques de leurs composés et que cela confirme ce que l'expérience transmise de génération en génération affirmait. Et que les remèdes de bonne fame sont effectivement fameux. 


Ensuite, parce que cela permet de revenir sur cette toute jeune science qu'est l'épigénétique. Que dit cette approche, évidemment vérifiée expérimentalement : elle dit qu'il y a transmission aux gènes des informations relatives à l'environnement. Et que cette information perdure sur plusieurs générations. Si par exemple on soumet des rats à des conditions de froid supportable mais rigoureux, il est vérifié que leur descendance a plus d'aptitude à supporter le froid qu'un groupe témoin élevé dans des conditions normales. Et cela sans que le matériel génétique soit modifié. Alors que se passe-t-il ? Une information (relative à l'environnement) est codée et transmise au matériel génétique de telle sorte que certains gènes sont activés ou au contraire mis en sommeil. Les gènes n'ont pas été modifiés. Il n'y a eu aucune mutation. C'est l'usage ou le non usage des gènes qui a été modifié.


Prenons un exemple : 

[ fais des petites feuilles, fais des grandes feuilles, enfonce davantage les racines, étale davantage les racines ]
Imaginons que cette courte phrase soit des gènes, chacun correspondant à une action. Si je dis « n'effectue que les mots en rouge », alors la plante va réduire la taille de ses feuilles et donc évaporer moins d'eau. Une humidité qu'elle aura davantage de chance de trouver en plongeant plus
profondément ses racines. L'ensemble des mots rouges et noirs est-il modifié ? Non ! Le matériel génétique est inchangé. Et pourtant seules certaines séquences auront été lues ; d'autres seront restées en sommeil. Il reste à expliquer comment l'information émanant du milieu (chaleur, hygromètrie, etc) est captée, codée et transmise aux lecteurs de gènes, les ribosomes, qui vont ou non créer les protéines adaptées au milieu.

Merci Pascal ! Et bravo.

Cultiver des tomates sans eau - de L'expérience de Pascal Poot à l'épigénétique.

La démarche expérimentale de Pascal Poot revient strictement au même sans avoir besoin de se référer à l'épigénétique : 
"La plupart des plantes qu’on appelle aujourd’hui “mauvaises herbes” étaient des plantes que l’on mangeait au Moyen-Age, comme l’amarante ou le chiendent... Je me suis toujours dit que si elles sont si résistantes aujourd’hui c’est justement parce que personne ne s’en est occupé depuis des générations et des générations.
Tout le monde essaye de cultiver les légumes en les protégeant le plus possible, moi au contraire j’essaye de les encourager à se défendre eux-mêmes. J’ai commencé à planter des tomates sur ce terrain plein de cailloux il y a une vingtaine d’années, à l’époque il n’y avait pas une goutte d’eau.
Tout le monde pense que si on fait ça toutes les plantes meurent mais ce n’est pas vrai. En fait, presque tous les plants survivent. Par contre on obtient de toutes petites tomates, ridicules. Il faut récolter les graines du fruit et les semer l’année suivante. Là on commence à voir de vraies tomates, on peut en avoir 1 ou 2 kg par plant. Et si on attend encore un an ou deux, alors là c’est formidable ».


Enfin, cette expérience nous rappelle qu'elle est valable pour tout le vivant. Et donc pour nous aussi. Et pour une meilleure compréhension de notre histoire depuis le début des hominidés. L'épigénétique apporte une explication à la rapidité de l'évolution des espèces. Un catalyseur sans doute plus important que les mutations, rares et aléatoires, qui de plus doivent ensuite être soumises au verdict de l'environnement, les sélections naturelles et sexuelles.

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mag 03/02/2016 06:15

Bonjour, savez-vous si il existe des études pour évaluer en combien de générations une plante arrive à fixer un nouveau caractère ? L'épigénétique nous offre une autre approche de l'adaptabilité des êtres vivants mais malheureusement trop peu exploitée par l'industrie agroalimentaire. C'est au niveau de la poignée d'agriculteurs soucieux de la biodiversité qu'il faudrait apporter les informations et mettre en place des expériences. Merci pour votre article. Cordialement

Paul Keirn 04/02/2016 10:00

Dans Google, si vous tapez comme recherche "épigénétique et agriculture" ou "épigénétique et culture potagère" vous trouverez de très nombreuses études.

mag 03/02/2016 09:41

A mon tout petit niveau, j'observe une certaine "accoutumance " de ma variété de luzerne à un certain niveau de salinité du sol et je m'interroge sur le caractère aléatoire de cette faculté. J'essaierai de trouver les études israéliennes que vous évoquez afin de m'aider dans mon analyse . Cordialement

Paul Keirn 03/02/2016 09:16

L'épigénétique est en effet un immense territoire à explorer, tant en ce qui concerne l'espèce humaine que les plantes. Dès la génération suivante les effets de l'environnement s'appliquent. Les mêmes conditions à long terme peuvent sans doute "fixer" le nouveau caractère, sans doute jusqu'à la spéciation. Mais j'exprime là une hypothèse. Il faudrait regarder les études israéliennes sur les tomates qui poussent dans l'eau saumâtre. Je n'ai pas eu le temps de le faire. Si vous avez des infos je suis preneur
Cordialement
PK