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Natures Paul Keirn

Découverte d'un drone portant du matériel nucléaire sur le toit du cabinet du premier ministre Abe...

4 Mai 2015 , Rédigé par Paul Keirn

Premier ministre japonais, M. Shinzo Abe

Premier ministre japonais, M. Shinzo Abe

Courant mars 2015, je m'inquiétais de l'usage des drones à des fins terroristes. Evidemment (http://www.natures-paul-keirn.com/2015/03/des-drones-qui-fond-froid-dans-le-dos.html)
Il y a quelques sujets sur lesquels je veille tranquillement : l'impression 3D et bientôt 4D (mais si, mais si), les nanotechnologies, les additifs alimentaires, l'origine du vivant, etc.

Cette fois-ci c'est un peu de Césium (de Fukushima) déposé par drone sur le toit du cabinet du premier ministre japonais, Shinzo Abe. Rien de moins !

Un grand merci aux Bulletins Electroniques des ambassades (BE pour les intimes), ici l'ambassade de France au Japon. Un grand outil de veille technologique.

BE Japon 723 - 28/04/2015

Sciences et Technologies de l'Information et de la Communication


Découverte d'un drone portant du matériel nucléaire sur le toit du cabinet du premier ministre Abe : une nécessité de réformer la loi au Japon
http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/78358.htm


Un petit drone volant (50cm de large) quadri-coptère équipé d'une caméra a été retrouvé sur le toit du bâtiment du bureau du premier ministre japonais Shinzo Abe le 22 Avril. Le premier ministre Abe ne se trouvait pas sur place lors de la découverte de l'appareil puisqu'il effectuait une visite en Indonésie.

Le drone a été trouvé par hasard suite à une visite inhabituelle sur le toit, ce qui signifie que le drone pouvait se trouver à cet endroit depuis un certain temps sans que personne ne s'en aperçoive. Le premier ministre avait toutefois utilisé cet héliport le 22 Mars pour se rendre dans la préfecture de Kanagawa, le drone ne s'y trouvait pas à priori. De plus, ce drone portait un symbole signifiant un danger de radiation, et portait effectivement une charge radioactive, qui émettait heureusement un niveau de radiation faible, d'après la police. [1] La police japonaise reste sur le qui-vive, d'autant que des publications sur Internet planifiant de faire atterrir des drones dans l'enceinte du palais impérial ont été découvertes plus tôt cette année.

L'équipementier qui a fabriqué ce drone "Phantom" (SZ DJI Technologies Co, un fabricant de drone chinois) a indiqué suite à cet accident son intention d'introduire des zones de non vol dans les paramètres de guidage GPS de ses appareils, notamment autour du bureau du premier ministre et du palais impérial.

Une charge radioactive dans le drone

Une petite dose de césium radioactif a été retrouvée sur le drone, qui pourrait d'après des enquêteurs provenir de la centrale de Fukushima N°1. Elle se trouvait apparemment dans un liquide contenu dans un récipient embarqué sur le drone. Le césium ne se trouvant pas dans la nature, les enquêteurs considèrent la possibilité de la provenance de la centrale nucléaire de Fukushima, étant donné les fuites de la centrale. [2]

Un environnement légal non adapté

La découverte de cet appareil soulève des questions légales au Japon, puisqu'un drone n'est pas considéré comme un avion dans les lois sur l'aviation et qu'il n'existe pas de restrictions quant à l'usage de tels appareils en deçà de 250 mètres d'altitude. Les utilisateurs n'ont ainsi pas à prévenir les autorités pour un vol sous cette altitude (à part à proximité des aéroports). [3]

Des discussions sont en cours par rapport à une possible régulation des drones à usage commercial. Des drones de défense contre les drones sont également en cours de développement, capable d'enchevêtrer des fils spéciaux dans les rotors des drones suspicieux. Un groupe d'experts travaille pour le ministère du transport (MILT) sur les façons d'adapter la régulation aux nouveaux usages des drones, depuis le 6 Avril. Le gouvernement a également annoncé des plans pour la mise en place d'une unité de coopération interministérielle et entre agences pour les opérations liées aux drones. L'une des idées évoquées est la mise en place d'un système d'enregistrement des drones, au-delà d'un certain niveau de capacités techniques à définir. Une autre idée serait de brouiller les signaux radios dans les zones critiques pour empêcher la communication vers ces appareils et leur contrôle.

D'autres pays dans le monde (dont la France) cherchent à adapter leur système légal à ce nouveau phénomène. Parfois en révisant les lois en vigueur pour l'aviation, en établissant des zones d'interdiction de vol, ou en instituant des conditions spéciales pour les opérations.


Les inquiétudes sont grandes au Japon, d'autant que le cabinet du premier ministre est l'instance centrale de la gestion de crise du pays, ce qui fait de sa sécurité un élément critique. Cette découverte souligne, comme cela a été le cas aux Etats-Unis où un drone a été retrouvé dans les jardins de la Maison Blanche ou à l'Elysée lorsqu'un drone a survolé le palais présidentiel, que les instances gouvernementales mondiales ne sont pour le moment pas préparées contre ce genre de menaces et doivent prendre immédiatement des mesures de protection, notamment en prévision des Jeux Olympiques de 2020 ou de la tenue du G7 l'an prochain au Japon.

Au Japon, les drones commerciaux sont de plus en plus utilisés par le grand public pour faire des vidéos notamment (embarquant des caméras et autres équipements de surveillance et certain pouvant être dirigés par GPS), ainsi que dans l'industrie, l'agriculture ou en réponse aux catastrophes naturelles : des drones sont ainsi utilisés dans l'enceinte de la centrale de Fukushima-Daichii ou pour surveiller l'activité des volcans. [4]

La société académique japonaise s'alarme de la multiplication des drones, qui pose un véritable problème de sécurité. [5] Le professeur Koichi Oizumi de l'Université centrale d'Aomori, spécialiste des études en gestion de crise, dénonce notamment le manque de mesures antiterroristes au Japon malgré les menaces reçues par le Japon après les exécutions des otages japonais par l'Etat Islamique. Kenzo Nonami, professeur en robotique à l'Université de Chiba, insiste également sur l'importance d'une régulation plus adaptée, notamment sur le contrôle et l'enregistrement des acheteurs, pour les drones ayant des capacités techniques importantes en particulier, afin de permettre une surveillance par les autorités ainsi que comme moyen de dissuasion.

Le professeur Koichi Nakano, professeur en sciences politiques à l'Université de Sophia à Tokyo, promeut également l'importance d'une régulation, qui sera d'autant plus rapide si des preuves indiquent que cette intrusion avait une intention dangereuse. Il serait toutefois risqué d'un point de vue économique pour le Japon de créer des lois qui restreindraient les règles en termes commerciaux, dans un secteur où le Japon entend être un leader mondial, comme l'explique Masahiro Kobayashi, avocat et expert en sécurité des robots. [6]

Le secrétaire en chef du cabinet Yoshihide Suga a réaffirmé en conférence de presse que les possibilités de législation seraient étudiées lors des prochaines sessions du National Diet (国会, Kokkai), le parlement japonais. L'agence de police nationale japonaise a de son côté mis en place une surveillance accrue des infrastructures critiques à travers le pays.

La police japonaise essaie toujours de déterminer la provenance de l'appareil et d'identifier ses propriétaires, bien qu'ayant à priori trouvé un suspect qui se serait dénoncé aux autorités, justifiant dans la justification de ses actes des craintes concernant la réactivation des centrales nucléaires. Il aurait mis en place l'appareil le 9 Avril, ce qui porte à presque deux semaines le temps pour le drone d'être repéré.

Pour en savoir plus, contacts :
- Panorama non-exhaustif des législations sur les drones dans différents pays : http://redirectix.bulletins-electroniques.com/xbepG
- Le guide du drone quadri-coptère en open source (article de l'IEEE) : http://online.qmags.com/RAM0912?pg=21&mode=2#pg35&mode2
Code brève
ADIT : 78358
Sources :
- [1] Article de l'Asahi Shimbun, 22 Avril 2015 (en anglais) - "UPDATE: Radiation detected on drone found on roof of prime minister's office": http://redirectix.bulletins-electroniques.com/q13Rb
- [2] Article du Japan Times, 23 Avril 2015 (en anglais) - "Drone likely landed on prime minister's office this week; cesium may be from Fukushima No. 1" : http://redirectix.bulletins-electroniques.com/f8REp
- [3] Article du Japan Times, 23 Avril 2015 (en anglais) - "Discovery of drone on roof of prime minister's office highlights legal shortcomings: expert": http://redirectix.bulletins-electroniques.com/FJnXn
- [4] BE Japon 718 - "Vol inaugural du premier drone japonais qui sera produit en masse" : http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/78032.htm
- [5] Editorial de l'Asahi Shimbun, 24 Avril 2015 (en anglais) - "EDITORIAL: Japan must urgently take steps to prevent misuse of drones" : http://ajw.asahi.com/article/views/editorial/AJ201504240034
- [6] Article du Financial Time, 26 Avril 2015 (en anglais) - "Japan makes arrest after drone lands on roof of Abe's office" : http://redirectix.bulletins-electroniques.com/0myFA

Merci au rédacteur : Yan-Taro CLOCHARD

Découverte d'un drone portant du matériel nucléaire sur le toit du cabinet du premier ministre Abe...
Découverte d'un drone portant du matériel nucléaire sur le toit du cabinet du premier ministre Abe...

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