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Natures Paul Keirn

Sommes-nous complices de nos insomnies ?

8 Mars 2015 , Rédigé par Paul Keirn

Sommes-nous complices de nos insomnies ?

Une telle affirmation, même édulcorée par un point d'interrogation, m'aurait vraiment fait bondir il y a de cela une dizaine d'années quand j'étais un insomniaque chronique ! Les insomnies représentent un vrai problème pour celles et ceux qui en souffrent, que ce soit au travail, seul ou en famille. Voire en accidentologie. Une manne pour les laboratoires pharmaceutiques. Aujourd'hui, je dors quand je le souhaite et même je coache des insomniaques avec ma propre méthode. Et ça marche. Mais en prenant du recul, je continue de me poser des questions.

Alors complice de notre souffrance...non ? Et pourtant ! La pression sociale est si forte, partout, surtout en période de crise, sans oublier les divers harcèlements. La semaine passée les recherches sur Google concernant l'insomnie ont augmenté de 180 % ! (pour mémoire, semaine du 1er au 7 mars 2015). Et vingt millions de français sont concernés.

Quand la nuit s'étend et que le social se dissipe, que les bruits de la ville s'estompent, sans téléphone, sans pression, un intense sentiment de liberté peut être ressenti. Comme si la nuit était à nous. Et finalement, elle l'est. La nuit, nous la volons au travail. Nous pouvons enfin y être nous même : lire longuement sans être dérangé, écrire lentement pour soi ou pour d'autres, aimé(s)s, réfléchir sur la vie qui court. A la non-vie du jour répond le galop dans les steppes de la nuit.

Car au fond, le problème n'est pas de ne pas dormir ou très mal, le problème c'est de devoir se lever pour aller travailler ! De se confronter à autrui, aux normes envahissantes. Autant de règles de comportement qui permettent un semblant de vie collective ou plutôt une juxtaposition d'individus formatés. Je comprends bien la phobie sociale qui peut s'installer, ce ras-le-bol que les parapluies chimiques atténuent en créant d'autres dépendances. Somnifères pour le soir, dopant du matin pour en essuyer les effets.

Alors oui, avec le recul, je pense que j'étais tout à fait complice de mon insomnie, complice de ce pied de nez au social, lourd de conséquences, mais qui permet de survivre, de se restructurer nuitamment et de ne pas glisser tout doucement vers la dépression sans s'en rendre compte. Ce qui est fréquemment le cas.

En allant plus loin, on peut se demander, si l'insomnie n'est pas une des formes ultimes de la révolte du corps et de l'esprit, une réaction psychosomatique vitale contre les oppressions et les humiliations du jour.

Qu'en pensez-vous ?

Sommes-nous complices de nos insomnies ?

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